Moto Club MC 95 Enghien les Bains Michel Perdrix

MOTO-CLUB 95

Texte de Francis Arondel, revu et révisé par Christian Beasley | actualisation août 2020 | 4 commentaires |

[…] « Ne me sentant pas autorisé et compétent à faire l’historique du Moto-club 95, au risque de dire des sottises et de faire des erreurs de chronologie, je préfère vous raconter comment j’ai connu ce moto-club "mythique" et comment je l’ai vécu de l’intérieur comme membre adhérent, mais aussi de l’extérieur en étant pas toujours un membre actif et fidèle de ses activités.
J’avais dix-sept ans, je venais de passer mon permis de conduire, mais je ne connaissais pas le moindre motard, pas plus dans ma famille qu’auprès de mes amis proches, ni même dans la ville où j’habitais.

Un jour, j’apprends par un copain de lycée, que des motards se retrouvent tous les samedis soir, dans un café — Le Bouquet —, en face de la gare d’Enghien-les-Bains, près de Saint-Denis, dans la banlieue nord de Paris.

Chouette ! me dis-je, c’est à quelques kilomètres de chez moi, alors un samedi soir j’y suis allé, en curieux, histoire de voir.

Sur place, je rencontre de vrais passionnés de motos. Et puisque cette première approche est plutôt chaleureuse et sympathique, je prends alors l’habitude d’y retourner chaque semaine, du moins le plus souvent possible.

Là, il y a des motards de tout âge, des plus expérimentés au guidon de leurs grosses cylindrées (Guzzi, Laverda, M.V. Agusta, Triumph, Norton, Vélocette, B.M.W, Honda, Kawasaki, …) qui m’impressionnent, aux petits jeunes débutants en 125cc (Yamaha, Morini, Motobécane, …) et 50cc (Kreidler, Zündapp, …), et quelques irréductibles sidecaristes (dont des 600 Ratier attelées, et un scooter Lambretta affublé d’une étonnante troisième roue, …), ainsi que des collectionneurs de motos anciennes (Vincent H.R.D., Royal Enfield, B.S.A., Ariel, Terrot, Jonghi, Saroléa, Adler, …, même un tricycle Peugeot). Rien que des "puristes" quoi !

Le M.C. 95 a déjà deux ans d’existence et déploie une intense activité touristique sur les routes de France et d’Europe. Commencent alors pour moi les sorties en groupe. En début d’année, ce sont les courses de côte (Méru, Lapize, …), puis les Grands Prix (vitesse, cross, trial, …), et enfin les concentres.

À cette époque, l’esprit de contestation, voire de révolte, de Mai 68, n’est pas tout à fait éloigné, et la Fédération française de motocyclisme (F.F.M.) n’a pas bonne presse au sein de notre club. Le M.C. 95 a été l’un des tout premiers — si ce n’est le premier — à être non-affilié et le premier à se revendiquer "club-pirate". Au début des années 1970, le M.C. 95 est donc l’un des plus importants clubs de France avec le M.C. Les Dragons de Clermont-Ferrand. Les deux joyeuses bandes de "flibustiers" sympathisèrent très vite en trustant les podiums et les coupes aux remises des prix des concentrations, et ceci parfois à la barbe des clubs affiliés. » […]

Élu président du M.C. 95, Michel Perdrix su être le porte-parole et le représentant idéal de cette volonté d’affranchissement vis-à-vis d’une autorité de tutelle. À l’époque, une des revendications du club était la liberté de mouvement·s, d’action·s et d’indépendance.

En 1969, Michel Perdrix eut la bonne idée de créer en France l’équivalent des célèbres Éléphants. Le lieu idéal fut trouvé : ce sera le plateau de Millevaches, en Corrèze. Organisée avec l’aide du M.C. 95, la première édition s’est déroulée dans des conditions météorologiques épouvantables avec d’importantes chutes de neige sur tout l’hexagone. Dès lors, le rassemblement des Millevaches restera gravé dans les mémoires des motards et donnera ainsi naissance à la légende, voire au mythe, que l’on connaît tous encore aujourd’hui.

Michel Perdrix décéda en 1971. Son épouse reprit la présidence pendant un court moment.

A la suite de plusieurs plaintes déposées pour nuisances sonores répétées, troubles à la circulation urbaine et à l’ordre public, le M.C. 95 fut contraint et forcé comme des pestiférés ou des hors-la-loi interdits de séjour à émigrer pendant quelques années au Café de la Mairie, à Soisy-sous-Montmorency, ville voisine d’Enghien-les-Bains (cité thermale avec casino, théâtre, hôtels et restaurants chics, hippodrome, etc.). Le M.C. 95 gênait et faisait tache dans le coquet paysage de la bourgeoisie française. Il est vrai que banlieue et banlieusards ont pour origine le mot ban comme bandits et bannis. Des origines que nous avons toujours revendiquées avec fierté et dignité au M.C. 95.

En janvier 1976, les fondateurs du club organisèrent un magnifique rassemblement hivernal dans les épaisses forêts vosgiennes, exclusivement réservé aux sidecaristes, et uniquement sur invitation. Ceci en contrepoint et en désaccord avec le mauvais esprit que Les Millevaches prenaient. En Alsace, la neige et le verglas furent au rendez-vous.

Les années qui suivirent, le M.C. 95 continua, bon gré mal gré, ses activités, mais de manière plus sporadique et ralentie, en constante recherche de lieux de réunion hebdomadaire et de nouveaux sites originaux de rassemblements amicaux en région.

De nos jours, la pratique de la moto se fait de façon de plus en plus individuelle ou entre copains. À l’évidence, et à écouter les médias, nous ne sommes plus des motards, mais des "bikers". Il faut avoir le crâne rasé, être tatoué de la tête au pied, avoir des chaînes chromées autour du blouson de cuir et à la taille, coudre de gros écussons fachos devant et derrière, et surtout posséder un gros vee-twin d’Outre-Atlantique, etc. Cerise sur le gâteau, être un fan de Johnny est un plus apprécié par les chaînes de télévision et les réseaux sociaux. Sinon, l’autre mode est d’être en complet veston et mocassins, juché sur un scooter à deux ou trois roues avec un énorme top-case à l’arrière pour ranger Le Figaro ou Les Echos, mieux L’Opinion, et surtout ne pas dépasser le périphérique… Tout ceci est navrant et relèguent les idéaux des mordus de la route dans une certaine nostalgie, voire un état de mélancolie. Ceux-ci sont peut-être même tombés aux oubliettes ! Qui sait ?

Quoi qu’il en soit, et comme le dit le vieux refrain des pirates : « Oh, non, non, non le M.C. 95 n’est pas mort, car il bande encore, car il roule encore ! »

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4 commentaires

message 019 - août 2020 - de Jean-Jacques Brasse

J'ai acheté la Ratier à l'automne 1968. Je crois me souvenir que je suis arrivé au café Le Bouquet, au début 1969, quand la machine a commencé à rouler, et que j'ai eu le permis (une formalité à l'époque).
Ma première vrai sortie a été le rassemblement des Millevaches 1969, que de souvenirs !
Aujourd'hui, je suis au soleil, et je roule encore avec cette C6 Ratier avec grand plaisir, je la prends plus volontiers que la BM.


• de Dominique Salmon | message 003 - 2016

J'ai fait partie du MC 95 du début au bouquet, des sorties à la Bastille, avec Joël et Francis Maillard d'Eaubonne, Fred et Gérard Dutech. J'ai commencé en 50 Mondial caréné, 125 Yam YAS1 puis 350 Kawa Avenger, la 1ère du club, puis retour au 50 avec un Zundapp KS50 Super Sport, puis 250 MZ, 2 de suite. J'ai conservé encore aujourd'hui des médailles de concentres, Millevaches 70, Chamois, etc. et surtout un logo du MC 95 que j'avais peint sur ma tente, diamètre 48cm ! Est-ce que certains ont gardé des objets souvenirs de cette époque ? Dominique

• de Dominique Salmon | message 002 - 2016

Bonjour, je suis Dominique, le frère de Jean Charles SALMON. Lui est installé près d'Ussel en Corrèze, moi je suis dans la Loire, près de Montbrison. Visiblement, c'est moi qui t'ai vendu le Zundapp avec lequel, j'ai fait 36000 km en à peu près 1 an… beaucoup de concentres, circuits et un tour de 6000 km jusqu'en Suède et Norvège en 15 jours pour acheter ma 1ère MZ 250, puis une 2ème, les 2 achetés chez Mme Sella. Si tu avais des photos du Zun, j'en ai quelques-unes. Je roule actuellement en kawa 1000 Versys. Bien cordialement Dominique

• d'Evelyne Beaslay | message 001 - 2013

Salut aux motards et motardes en concentre à partir de 1971 dont bien sûr les Milles Vaches, en passagère (vu mon jeune âge n'est-ce pas). J’ai su plus tard que l'on m'avait surnommé "cuisses de mouches". J'étais en 2011 aux retrouvailles de Pau. J’ai gardé certaines médailles de concentre. Toujours motarde ceux qui se rappellent de moi, je suis pressée de vous lire. Evelyne

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